Les voyages:

Macaronésie 4

La côte d’Agadir approche après une navigation de quelques 250 milles. À l’entrée de la nouvelle marina j’ai le plaisir de voir une jeune femme vêtue de blanc nous faire des signes de bien venue. C’est ma Conceição qui nous rejoints pour la dernière étape du voyage. Comme nous sommes arrivés avec un jour de retard sur notre programme, elle a déjà fait le repérage de la ville que nous allons découvrir. Mais avant cela l’accueil. À la sortie du ponton nous attends une charmante jeune fille vêtue de manière traditionnelle marocaine qui nous offre des dattes et du lait de brebis en guise de bien venue. Puis nous avons un autre comité d’accueil, formé par un commissaire politique si je ne me trompe, un policier, un gendarme et un douanier. C’est la valse des passeports et des papiers. Le tout se passe dans le calme et la politesse, mais prend quand même une heure!
Comme nous avions deux jours devant nous en attendant une accalmie du temps, l’équipage du Thor VI c’est joint à Lulu et moi-même pour aller découvrir la ville.  En demandant notre chemin à un policier, et ils n’en manquent pas au Maroc, il nous suggère de prendre un grand taxi. Apparemment une Mercedes 200D peut prendre jusqu’à 6 passagers. C’est évidemment économique, quant à la sécurité….

Le chauffeur, Boubou comme l’indique son carton de visite, se dit guide ayant travaillé pour une grande agence de voyage portugaise. Il nous propose non pas de visiter le souk des toutous mais le vrai, l’unique… de la vieille ville là justement on ne rencontre pas de touristes. Le tout pour 40€, deux heures de son temps, négociations avec les commerçants comprises!

Nous voilà dans les entrailles du commerce, entre les cartes électroniques pour les téléphones portables, les épices de toutes les couleurs et bien sûr les djellabas et autres artifices vestimentaires. En passant devant une échoppe j’ai la mauvaise idée de photographier des caméléons et chauves-souris séchés. Le commerçant, un vieillard tout fripé, tout comme ses vêtements, sort de derrière ses sacs de jute remplis d’épices et de feuilles de toutes sortes, et…un grand bâton dans sa main me coure derrière pour me … bastonner!  Boubou intervient courageusement et explique à ce “brave homme” que je vais effacer la photo de ma camera digitale. Tout le marcher s’est arrêter sur ces fait et le grand silence se transforme en rire car il est bien connu que le charmant vieillard ne possède pas toute sa tête. Toutefois lorsque je jette un dernier regard sur  son échoppe j’aperçois une tablette avec l’inscription : PAS PRENDRE PHOTO. Un homme avisé en vaut deux….
Lulu ne peut s’empêcher d’acheter deux blouses typiques pour ses petites-nièces, moi toujours à l’affût de la gastronomie, je prends un demi kilo d´olives à la lariza  et des citrons marinés qui accompagnent paraît-il très bien le poulet.

Le plus surprenant dans tout cela c´est l’air impassible du skippeur du Thor. Imaginez un général d’aviation à la retraite au milieu de ce brouhaha gardant un flegme presque britannique lorsque sa charmante épouse dépense une fortune à l’achat de safran … vendu au gramme !


En nous ramenant aux bateaux, Boubou nous fait une nouvelle offre : nous faire découvrir au coucher du soleil les ruines du fort surplombant la ville, ancienne forteresse établie par les Portugais, ainsi que de nous amener manger dans un restaurant typique marocain, où les touristes ne mettent pas les pieds.

Marché conclu, nous voilà passant devant les quelques ruines restantes du tremblement de terre de 1960 qui fit tant de victimes et rasa une bonne partie de la ville. La forteresse n’a en fait que peu d’intérêt, si ce n’est les chameaux qui transportent les touristes… Notez que 99%  sont Marocains!

Quant au restaurant… typique il faut dire qu’il se situe le long d’une route rapide et que la lumière néon ne fait pas défaut.

Dès l’entrée, Lulu a l’estomac en bataille. Les épices et les relents de méchoui et tagines sont en effet très prononcés.

Comme boisson, vous avez le choix entre le thé à la menthe et le Coca-Cola. Au niveau du service il faut prendre son temps, ou plutôt le temps d’attendre que le personnel fasse sa prière.

Je ne peux m’empêcher de penser à l’organisme de police portugais qui contrôle en autre la santé alimentaire. Elle ferait ici un malheur. Je suggère qu’elle commence pas l’inspection des latrines, avec le système “français” pour qui sait viser! Comme apéritif il n’y a pas mieux. Cela dit ce fut une expérience que je ne regrette pas, quoi que Lulu se sente toujours indisposée.

Retours à la marina afin de discuter de la météo et découvrir une petite fenêtre demain. Donc décision du Bijoux, du Thor et du Spray de prendre le départ à 6 heures. Les autres skippers préfèrent attendre une nette amélioration prévue dans trois jours.

En ce qui me concerne le plus vite parti, le plus vite je serai au boulot car je peux difficilement retarder ma reprise après un mois de sursis !

Et puis il y a les travaux de mon bateau à suivre…

Au lever, je découvre un petit mot du Thor pour dire que finalement il prendront le départ plus tard. Bisoux et Spray se lancent donc à l’aube pour la dernière partie de ce voyage en Macaronesie centrale.

Ce nom, de pâtes italiennes, est en effet celui donné aux Iles faisant face à l’Afrique et composées des archipels de Madère, des Açores, des Canaries et du Cape Vert. C’est bon à savoir!

Le temps est beau, il y a peu de vent pour mouvoir notre palace flottant, Lulu a toujours son petit malaise… mais à la hauteur d’Essaouira les choses se gâtent. L’estomac de Lulu se vide et le temps se remplit de menace. Le vent NE à l’approche du Cap Ghir augmente, nous réduisons la voilure au minimum pour encaisser des pointes de plus de 40 nœuds. Les vagues de cinq à six mètres venant également de la même direction augmentent le confort(!) … Mes yeux après une heure à la barre sont chargés de sel qui me brûle la vue.


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